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Bourguiba, l'orphelin de Fattouma

بقلم Hayet Ben Charrada

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Rien qu'au regard de ses ainés tout en longues jambes, son image minuscule lui inspirait une inquiétude sourde. Elle en a comme une vague qui irradie de son cœur sur l'ensemble de son corps taraudé par les charges accumulées: Que ne vivrais je assez longtemps pour te voir un jour à leur âge, les moustaches par-dessus les lèvres, aussi fort, et grand assez, pour devoir me hisser moi-même sur la pointe des pieds afin de te prendre dans mes bras de vieillarde! Ce questionnement hante Fattouma. Et à chaque fois, elle interrompt sa tâche pour aller le serrer sur sa poitrine, sentir sa chair et enfouir son visage dans sa tignasse noire de jais. Et le tenant par la nuque, elle le regardait bien en face pour voir irradier de ses yeux le même petit rayon bleu turquoise qu'elle lui connaissait déjà depuis le berceau. Ce qui la réchauffait et émoussait ses peurs comme par magie. Tandis que de loin, attentive au manège, Khadouja se met à marmonner une malédiction vigoureuse contre l'Innommable en répétant pour la énième fois son objection toute formelle: Lâche le petit et viens plutôt m'aider à monter le couscoussier sur le feu. Tu finiras par l'efféminer ton fiston par de telles minauderies!». Alors en emportant sur lui l'odeur de henné mêlée de musc de Fattouma, Habib traverse le patio en trottant comme un petit poulain vers la rue où ses copains l'attendaient pour jouer aux gendarmes et aux voleurs.

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