Les trois « Contes de la Coquecigrue » font appel à un genre d’écriture dit « avec contrainte », consistant, pour ce qui nous concerne :
– d’une part, à ce que les trois contes soient rédi- gés quasi-exclusivement avec des « expressions idiomatiques » françaises, c’est-à-dire des ex- pressions n’ayant, par définition, pas d’équiva- lents syntagmatiques dans aucune autre langue ;
– et d’autre part, à ce que chaque conte soit formé quasi-exclusivement d’expressions idiomatiques , mais de « nature » différente (humaine, animale ou végétale), soit :
des expressions majoritairement humaines dans « Patte- Mouille et As-de-Pique » ;
des expressions majoritairement animales dans « Histoire d’oie » ;
et des expressions majoritairement végétales et relatives à des produits de consommation dans « Le marchand d’orviétan ».
L’élaboration des trois contes ayant nécessité le recours à près de 1657 expressions idiomatiques différentes.
L’ « idiomatique », forme imagée et dynamique de la pensée linguistique, ne correspond pas, à proprement parler, à une simple « forme littéraire » ; bien plus, il est la quintessence du langage, sa substantifique moelle, son « soi linguistique profond » ; il est, selon cette belle formule de Joachim du Bellay, ce que « chacune langue a je ne sais quoi propre seulement à elle ». II constitue le caractère unique, à nul autre pareil, de l’identité linguistique, de l’esprit et du génie humains propres à une société donnée et aux multiples groupes qui la composent.